1995

J’ai cherché partout quelques mots justes pour éclairer notre temps. Havel, Chaplin, Prévert, Londres, Beuve-Méry, Jaurès… Vous noterez l’œcuménisme, à moins qu’il ne s’agisse d’éclectisme.

J’ai cherché partout… Dans les livres et les journaux. Havel démontre par l’absurde comment un homme investit du pouvoir se retrouve forcément très loin du réel qu’il est censé gouverner. Chaplin suggère que dans une époque où on perd la tête facilement, retrouver son cœur peut être un chemin de salut. Jaurès propose de comprendre le monde pour le réformer. Londres, le journaliste, dit ne point se soucier de faire plaisir ou de faire du tort, mais plutôt de porter sa plume dans les plaies de nos sociétés d’Hommes. Prévert, lui, raconte que « toute réflexion faite, par ces temps de malheur, le miroir s’est brisé ». Saïd Mekbel, journaliste algérien assassiné le mois dernier, écrit qu’il faut « espérer contre tout parce que, n’est-ce pas, les roses poussent sur les tas de fumier »…

J’ai cherché partout… Sur ces affiches qui proclament que décidément « tout va bien ». Sur ces autres qui disent, à juste titre, que l’épidémie qui a fauché plus de 30 000 des nôtres est « hors de contrôle » et qu’il est temps de s’en occuper sérieusement. Et même sur cette troisième qui interroge « éduquons, c’est une insulte ? »

J’ai cherché partout et me suis arrêté net devant un mur sale, éclairé par un soleil d’hiver, près du canal Saint-Martin. Il portait ces mots jetés à la conscience du passant qui voudra bien les lire : « la liberté est toujours en vérité provisoire »…

Bonne année, donc.

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