Prostitution : un faux débat de cul

J’ai failli tomber à la renverse en lisant l’éditorial de Libération du jour (que vous pouvez retrouver ). Passons sur le « libertin libertaire », adjectif composé a tendance “pléonasmatique”* qui sonne comme une étiquette politique en fin de période des soldes, pour voir l’un des arguments massue de l’éditorialiste. Ainsi donc, je serais en profonde contradiction avec moi-même au prétexte que tout en étant contre «l’abolition de la prostitution» (sic) – d’où le « libertin libertaire », vous suivez ? – je ne voudrais pas voir ma « mère ou mes enfants embrasser cette carrière ». Alors, si je puis me permettre, là, c’est parler sans savoir. 

Ma mère allant sur ses 85 ans et la vie ne l’ayant pas spécialement épargné, je ne lui rêve que l’embrassade d’une retraite aussi douce que possible. Quant aux liens d’estime et d’affection qui nous unissent, je ne les crois pas liés à son métier. Par ailleurs la vie a fait que je n’ai pas d’enfant. Mais puisque la question est posée, répondons-y.

Je ne sais pas si c’est parce que j’ai commencé ma vie professionnelle en étant ouvrier dans une petite imprimerie sise dans le quartier de Pigalle à Paris, à l’époque où il était synonyme de la prostitution dans la capitale, mais il ne m’a jamais semblé que la prostitution était le comble du déshonneur. Bon évidemment, homosexuel, je n’ai jamais non plus considéré une femme comme le réceptacle chosifié de mes pulsions les plus intimes. Les hommes non plus, d’ailleurs. En discutant l’autre jour avec une amie qui me contait un mariage ou elle s’était rendue, j’ai précisément répondu à la question de l’éditorialiste de Libération. L’amie cherchait à me faire deviner le métier de l’un des témoins de la noce et me mettait sur la voie en me demandant de penser à un métier vraiment épouvantable, un truc que je ne voudrais pas faire, un boulot indigne. J’ai répondu « trader », pas prostitué-e.

Il serait temps de réaliser que le coeur du débat posé par la prostitution est plus sûrement un faux débat de cul qu’un « débat faux cul » comme le proclame Libération du jour. Le coeur n’est pas la morale sexuelle. Au passage, la lutte contre le machisme sera mieux servie si l’on utilise la loi pour faire respecter la dignité de toutes les femmes, y compris celles qui se prostituent, au lieu d’interdire leur activité. La contribution déposée dans le cadre de la préparation du congrès de Toulouse du Parti socialiste aborde plus complètement les questions politiques posées par la prostitution. Intitulée « Prostitution : du déni aux réalités », j’y ai collaboré et vous pouvez la lire ici. Et ainsi réfléchir à l’intégrité des personnes, à leur consentement, à leur santé, à leur vie, à leurs projets, aux trafics aussi et aux moyens de libérer les personnes contraintes, plutôt que simplement notre conscience. La prostitution mérite mieux qu’un débat caricatural.

* Qui dit poussivement deux fois la même chose…

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