Colère noire, et après ?

Après l’annonce par le ministre de l’Intérieur du report de la réforme du droit de la famille et de l’opposition à la PMA, voici le message que j’ai adressé aux adhérent-e-s d’Homosexualités et Socialisme.

Nous sommes en colère. Nous avons aussi ça en commun, à HES. Une colère froide ou chaude, selon les tempéraments, mais une colère noire de voir un gouvernement pour qui nous avons fait campagne donner raison, par calcul ou par accident, à ceux qui depuis un an et demi nous dénient la capacité à être des citoyen-ne-s à part entière.

Car nous ne sommes pas en train de négocier la baisse du prix du pain avec un gouvernement qui couperait la poire en deux – si j’ose écrire – entre les boulangers et les consommateurs. Donner raison à ceux qui ont manifesté ces deux derniers dimanches, c’est choisir l’obscurantisme et tourner le dos au combat qui est celui de la gauche depuis plus d’un siècle : émanciper les individus, eux, elles, vous, nous, moi, toi… Donner à chacun la faculté de maîtriser son existence. Nous avons publié dès lundi un communiqué aussi bref que clair (ici et ).

La question qui doit nous occuper maintenant, c’est : que faire de notre colère noire ?

Dans ma vie militante, c’est la troisième fois qu’on me « fait le coup ». À chaque fois, ça m’a touché, ça m’a vexé, ça m’a atteint même. À chaque fois j’y ai vu une forme de mépris assez abouti. Je n’ai pas grand peine à imaginer ce que chacun-e ressent. Mais à chaque fois, avec d’autres, je n’ai pas voulu laisser le champ libre à ceux qui propagent leurs dogmes étroits et dépassés.

Le 9 octobre 1998, après des années d’efforts titanesques, le Pacs était enfin à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale mais les députés de la majorité plurielle furent singulièrement absents et la droite, le RPR et l’UDF ancêtres jumeaux de l’UMP et de l’UDI, rejeta la proposition de loi. Il fallait sans doute une bonne dose de folie pour sortir des tribunes du public, assommé par cette faute de celles et ceux en qui on avait confiance, en se disant que nous allions finalement aboutir. Et la loi du 15 novembre 1999 installa bel et bien le Pacs dans notre code civil.

Le 20 novembre 2012, le Président de la République pour lequel nous venions de faire campagne ne trouve rien de mieux à faire que de proposer à quelques maires coincés une ahurissante « liberté de conscience » pour leur permettre de ne pas appliquer la loi qu’il avait lui-même voulu. Ce sera d’ailleurs sa seule intervention publique jusqu’à la promulgation de la loi du 17 mai 2013 qui ouvre le mariage et l’adoption aux couples homosexuels.

Puis, il y a eu le 3 février 2014… Et maintenant ? Que faisons-nous de cette colère noire ? Nous ne sommes pas isolés. Pour Patrick Bloche, député de Paris, « la République debout, c’est celle qui va toujours plus loin sur l’égalité des droits », pour Anne Hidalgo, candidate à la mairie de Paris, « il ne faut pas rester tétanisé-e-s face aux mouvements ultra-conservateurs qui ne représentent pas le peuple souverain ». Bernard Roman, député du Nord, demande : « resterons nous le seul pays au monde à autoriser les femmes à adopter l’enfant de leur conjointe et à interdire la PMA? ». Et puis je pourrais citer Bruno Le Roux, président du groupe des députés PS, Corinne Narassiguin, Marc Coatanéa, secrétaires nationaux du Parti socialiste, Henri Emmanuelli, député des Landes, Marie-Anne Chapdelaine, députée d’ille-et-Vilaine, Erwann Binet, député de l’Isère, Jean-Pierre Michel, sénateur de Haute-Saône, Michelle Meunier, sénatrice de Loire-Atlantique, et tant d’autres encore. Leurs interventions publiques confirment que les choses ne sont pas aussi simples que les propos cassants du ministre de l’Intérieur.

HES va continuer à convaincre de la nécessité des progrès que nous portons. Le quinquennat ne s’achevait pas lundi dernier, il reste 3 ans de mandat, 3 ans utiles pour continuer le progrès. Le travail réalisé par des générations de militant-e-s a abouti au Pacs, à l’ouverture du mariage, à la pénalisation des propos homophobes, à la mise en oeuvre du premier programme d’action interministériel pour la lutte contre les violences et les discriminations à raison de l’orientations sexuelle ou de l’identité de genre, à la « loi Quéré » qui vient d’être adoptée et qui porte a un an le délai de prescription pour injure à raison de l’identité ou de l’orientation sexuelle, nous laissant ainsi le temps raisonnable d’agir en justice.

Si vous tournez les talons, je le comprendrai, bien sûr. Je vous l’ai dit, nous partageons cette colère noire. Mais en tournant le dos à nos engagements LGBT, au sein de la famille socialiste, ça n’est pas les opposants au « mariage pour tous » que nous affaiblirons, ça n’est pas celles et ceux qui, au PS même, trouvent nos sujets secondaires que nous affaiblirons. C’est nous, vous, moi, toi. C’est pourquoi nous allons transformer cette colère noire en énergie pour agir, pendant la campagne municipale avec nos propositions (ici), pendant la campagne pour les élections européennes avec le réseau Rainbow Rose (), auprès du Conseil consultatif national d’éthique à qui nous adresserons une contribution, et sur tant d’autres sujets, comme nous l’annoncions début janvier (ici).

Pour faire tout cela, nous devons rester ensemble (c’est ) ! A bientôt.

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  1. Ping : Recul du gouvernement sur la loi Famille et la PMA: collectifs et associations réagissent | Yagg

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