18 000 jours et une phrase

IllusBillet18000

PictoOKSi l’on considère que j’ai vécu 13 jours en 1965, 365 jours en 1966 et 67, 366 jours en 1968, loin de toute agitation, 365 jours en 1969, beaucoup trop jeune pour m’imaginer tête-bêche mais suffisamment pour entrer à l’école maternelle, 365 jours en 1970, 71…

…366 jours en 1972, 365 jours en 1973, où j’ai continué à préférer le train, 365 jours en 1974, année où j’ai braillé mon premier slogan dans la cour de mon école, “Giscard au placard !”, 365 jours en 1975, année où mes parents m’expliquèrent que Simone Veil était une femme politique parmi les plus estimables, 366 jours en 1976, année où l’été dura un siècle à mes yeux d’enfant, 365 jours en 1977, année où le fait électoral toucha ma famille, 365 jours en 1978, 79, année où j’ai pris conscience que l’idée de progrès n’avait rien d’évident, 366 jours en 1980, 365 jours en 1981, où j’ai vu des adultes murs pleurer d’émotion à l’élection de François Mitterrand, 365 jours en 1982, 83, où on commença à lutter contre le Front national en assenant que « le fascisme ne passera pas », 366 jours en 1984, où j’ai passé mon bac et où j’ai vu Lionel Jospin partager un jeu d’enfant avec une fillette sur un panneau publicitaire pour les élections européennes, 365 jours en 1985, année où j’ai adhéré au parti socialiste, 365 jours en 1986, où on commença sérieusement à lutter contre le VIH-Sida, 365 jours en 1987,  366 jours en 1988, où j’ai fait mon coming out le jour de l’anniversaire de ma mère (!), 365 jours en 1989 et 90, deux années où nous fêtâmes, pêle-mêle, le bicentenaire de la Révolution française, la chute du mur de Berlin, la libération de Nelson Mandela, croyant un court instant, un court instant seulement, que le progrès humain s’imposait comme une évidence, 365 jours en 1991, où je trouvais à redire à cette « guerre du Golfe », 366 jours en 1992, où je ne pensais pas être autant fondé à voter contre la ratification du traité de Maastricht mais où cela fut vain, 365 jours en 1993, où j’ai été exclu du parti socialiste et où nous fumes quelques-uns à estimer que le contrat d’union civile n’était vraiment pas pour demain, 365 jours en 1994, 95, 366 jours en 1996, 365 jours en 1997, où nous nous sommes dit que, tiens, le contrat d’union civile n’était plus si loin et où j’ai réadhéré au parti socialiste, 365 jours en 1998, 99, année à la fin de laquelle le pacte civil de solidarité prit place dans le livre 1er de notre code civil, 366 jours en 2000, dont un certain nombre consacrés à d’improbables discussions afin de déterminer quand commençait le 21e siècle, 365 jours en 2001, où mon père est tombé malade, 365 jours en 2002, où Jacques Chirac, réélu avec 80% des voix et gouvernant comme s’il avait gagné avec 51%, a montré qu’il n’était décidément pas un homme d’Etat, 365 jours en 2003, 366 jours en 2004, dont certains furent consacrés à améliorer le Pacs, 365 jours en 2005, où j’obtins ce diplôme qui répond au doux nom de “licence”, 365 jours en 2006, où mon père est mort, 365 jours en 2007, 366 jours en 2008, 365 jours en 2009, 2010, où le corps immolé de Tarek Bouazizi, le 17 décembre, déclencha la Révolution tunisienne, 365 jours en 2011, 366 jours en 2012, 365 jours en 2013, qui, un peu avant son milieu, vit notre code civil heureusement mais partiellement modifié, 365 jours en 2014, année finalement assez tardive où j’ai dû affronter les conséquences d’une forme de naïveté me dissimulant une cupidité “qui pue comme un animal mort”, 80 jours, sans faire le tour du monde, en 2015, si l’on considère, donc, ce que vous venez de lire, alors on peut dire que 18 000 jours et une phrase nous séparent de cette photo !

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