Le vote lepénien expliqué à mon amant

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Tribune parue sur Yagg.com pour tenter de décrypter la stratégie électoraliste de l’extrême droite et rappeler quelles sont les valeurs de la gauche.

LogoYaggCher Christian*, Le vote lepénien, ce n’est pas la 65e position du Kâmasûtra, entre la brouette thaïlandaise et le tourniquet berrichon (…tu te souviens…?). Le vote lepénien, c’est une entourloupe politicienne assez au point, tu vas voir.

Du temps de la maison-mère du FN, ou plus précisément de la maison-père, c’était simple. Il y avait les gentils: hommes, blancs, catholiques, hétéros, qui avaient fait leur service militaire et qui écoutaient Michel Sardou et kiffaient Alain Delon. Et il y avait les méchants: tous les autres, en vrac. C’était facile à comprendre, mais ça ne faisait pas beaucoup de voix aux élections.

La version-fille du FN, c’est un poil plus élaboré. Raciste, sexiste et homophobe, elle voit la société en tranches, rangées par niveaux. Au sommet, il y a ceux qui étaient, avant, les gentils, et ensuite, des couches. Plus on descend, moins on est gentil.

C’est commode comme discours: le FN peut adapter la hiérarchie en fonction des besoins de l’actualité. Pendant les débats sur le mariage pour tous, les homos étaient plutôt en bas. Pendant la campagne présidentielle de 2012, les homos avaient un peu plus la cote, et les rebeus et les juifs, moins. Depuis les attentats de janvier, les juifs sont remontés. Ces dernier temps les femmes ont morflé, avec un vote bien net contre l’IVG au Parlement européen. Bien malin est celui qui peut prévoir la suite. Mais ce qui est sûr c’est que, si tu cumules les qualités, t’es mal. Bref, ça permet au FN de dire un jour l’inverse de ce qu’il disait la veille tout en gardant sous la main une catégorie souffre-douleur, pas forcément la même, à suggérer au défoulement public.

Là ou le système lepénien est décidément pervers, c’est si on se laisse prendre. Alors, le piège se referme. Si on partage la vision en tranches de la société, raciste et sexiste et homophobe, on cherche fatalement à se situer dans l’échelle lepénienne. Et surtout, on cherche une catégorie qui serait en-dessous de la sienne. Avec un peu d’imagination on finit toujours par trouver. Le blanc est-il supérieur au noir? La noire hétéro est-elle supérieure au noir homo? Le Rom homo, il est supérieur à la femme rebeue? Et le blanc homo? Est-il supérieur à l’asiat’ hétéro? À moins que ce ne soit l’inverse…

Admire ce parti politique qui reproche aux autres partis politiques de ne pas s’occuper des «vrais-problèmes» et qui passe son temps à classer les humains en fonction de leur apparence et des préjugés réciproques qui nous habitent, tout en s’épanchant sur Twitter. Quelle perte de temps, non?

En résumé, la maison-père du FN, c’était un vinyle 33 tours: on était obligé d’écouter le même album du début jusqu’à la fin, ça lassait. La version-fille, c’est un lecteur MP3: on écoute qui on veut dans l’ordre qu’on veut. C’est trop swag. Mais les deux versions sont nauséabondes. Voilà pour l’entourloupe lepénienne.

Bon sans ça, tu te moques de moi quand je pars pour une réunion HES. Tu sais, je ne déborde pas d’illusion mais je suis têtu. Moi aussi, j’en ai par-dessus la tête de l’instrumentalisation de «l’esprit-du-11-janvier» pour faire oublier l’esprit du 22 janvier (2012, au Bourget). J’en ai assez de voir des secrétaires d’État et des ministres nous convoquer toutes affaires cessantes pour «lutter-contre-le-FN». Non, le combat salvateur de la gauche ce n’est pas «lutter-contre-le-FN».

Le combat de la gauche, c’est changer la vie des gens, c’est ne pas fléchir face aux obscurantismes, c’est soutenir les plus faibles socialement, les oubliés, les dévalués, ne pas les prendre pour de vagues brutasses qui ont peur des gays, du féminisme et des smartphones et les aider à prendre du pouvoir, à peser dans les décisions. Le combat de la gauche, c’est protéger chacune et chacun contre les aléas de la vie et les défauts du système économique. Le combat de la gauche c’est d’avancer vers l’émancipation des femmes et des hommes, leur donner les moyens civils, économiques et éducatifs de prendre la responsabilité de leur existence au lieu de les voir comme un troupeau à envoyer paître.

Et pour faire tout ça, je préfère toujours dialoguer, et pourquoi pas rudoyer un peu, des élu.e.s qui partagent mes valeurs humanistes. Au moins on peut se parler, partager du sens commun et faire avancer la société.

Tu sais, les germes de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, bref, de l’humanisme, sont inépuisables. Les pires totalitarismes du XXe siècle n’en sont pas venus à bout et pourtant, ils avaient mis le paquet comme on dit. Alors ce n’est pas Marine Le Pen, même flanquée de Florian Philippot bien rangé dans son placard, subrepticement entrouvert, qui va éteindre la flamme, la nôtre, celle de l’humanité. Ceux-là vont nous compliquer la tâche, nous retarder en route, nous égarer dans le boueux chemin des haines réciproques et des souffres-douleurs. C’est tout. C’est trop. Si on pouvait s’épargner cette étape, franchement…

Je t’embrasse.
Denis

*Le prénom a été changé…

Photo : ©T. Doussau & G. Gautier

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