« Un manifeste pour faire avancer l’égalité des droits »

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[Interview parue dans L’hebdo des socialistes du 12 mars 2016]

PictoPSDenis Quinqueton est président d’Homosexualités et Socialisme (HES). L’association élabore son manifeste – le Manifest’HES – pour porter ses revendications en faveur de l’égalité.

Qu’est ce que le Manifest’HES ?

HES existe depuis 33 ans et a été créé par des militants socialistes pour porter au sein du PS les questions de l’égalité des droits, de la lutte contre les discriminations à l’égard des personnes gays lesbiennes, trans… A l’époque, ce n’était pas un sujet politique. Nous avons depuis remporté certaines victoires et nous nous battons encore sur de nombreux autres sujets.

Après la période 2012/2013 marquée par le débat sur le mariage et l’adoption pour tous, nous avons souhaité faire le point sur nos réflexions, revenir sur nos victoires, nos défaites, et penser les combats à venir. C’est pour cette raison que nous sommes en train d’élaborer le Manifest’HES qui doit être adopté à la fin du mois. Il est organisé autour de quatre thèmes principaux (droits des personnes, les familles aujourd’hui, santé et prévention, international) et élabore 59 propositions en faveur de l’égalité et de l’émancipation. C’est une façon de provoquer le débat avec les militants, les sympathisants, les élus, d’influer sur le programme à venir afin de faire avancer la question de l’émancipation de l’individu.

Quels sont les principaux combats à venir ?

La suite des événements reflète les défaites de la période : le droit des familles est figé, notamment à cause de l’activisme des partisans d’une sorte d’ordre moral. On se retrouve avec des lois souvent obsolètes, en décalage avec la réalité : les modèles familiaux sont multiples, comme l’a rappelé le Président de la République dernièrement dans Elle, et le droit doit s’y adapter.

Il y a également la question du changement d’état civil pour les personnes trans. De nombreux pays ont progressé sur la voie de la pleine reconnaissance de la transidentité et c’est la société toute entière qui s’en trouve mieux : les Pays-Bas, la Belgique, le Royaume-Uni, l’Espagne, le Portugal, l’Uruguay ont supprimé la condition médicale d’irréversibilité de la transition, pour changer d’état civil. Malte, l’Argentine, le Danemark, la Norvège autorisent le changement d’état civil par simple déclaration. La France doit progresser.

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Comment se fait-il que l’égalité des droits soit toujours sujette à débat ?

De nos jours, le débat sur ces questions est grippé. On fait face à des gens qui ont peur de l’émancipation personnelle. On l’a vu sur le mariage pour tous : ceux qui ont défilé contre dans la rue n’étaient pas touchés par le projet ! Cela ne changeait rien dans leur vie, c’était sidérant… Il y a encore beaucoup de gens qui s’imaginent que l’humanité est un troupeau et que si on gagne en liberté individuelle, on va en faire n’importe quoi. Mais c’est exactement le contraire qui se passe. D’ailleurs, certains élus locaux, de droite surtout, ont évolué depuis, allant jusqu’à se demander comment ils avaient pu être contre le mariage pour tous. Ce débat nous aura rappelé que le progrès n’est pas automatique, qu’il faut se battre, c’est-à-dire convaincre, pour faire avancer les droits. (1)

Par ailleurs, il va falloir redéfinir un espace laïc de débat public. Que les gens puissent croire ne me pose évidemment aucun de problème, mais peu à peu les questions éthiques, morales, se résument à l’addition des prescriptions des différentes religions. Et c’est inacceptable. Les gens peuvent avoir la vie spirituelle qu’ils souhaitent, mais cela ne doit pas peser à ce point sur l’organisation de la vie en société. L’égalité entre les personnes, hommes et femmes, homo et hétérosexuels etc, ne devrait pas être un sujet de débat.

Pourquoi rejoindre l’alliance populaire ?

Nous faisons partie de la grande famille socialiste, et cette alliance est une autre manière de renforcer notre lutte pour l’émancipation, qui est au cœur du combat de la gauche. Ce n’est pas une lutte catégorielle, elle touche à tous les domaines de la vie. Dans le monde du travail, par exemple, les discriminations créent des disparités injustes entre les gens.

Nous souhaitons aussi qu’il y ait davantage de relations entre le monde politique et la société civile, plus de discussions, même, surtout, quand on n’est pas d’accord. A HES, nous sommes en relation avec à la fois des élus, des militants politiques et des associations LGBT et, oui, nous voulons œuvrer à une meilleure articulation entre la politique et les associations au sein de cette alliance.

Propos recueillis par Sarah Nafti

(1) Le documentaire « La sociologue et l’ourson », qui sort en salles le 6 avril, revient sur le débat qui a agité la société à l’occasion de l’adoption du mariage pour tous.

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