Un voile de brume se lève

2016-11-bey00

PictoOKChers tous, « Les mots courent après les faits comme un chien après sa queue. Tout dépend du genre de chien que vous êtes. » dit le docteur Chahine dans Soudain la nuit (1), que j’ai vu au Sunflower Theater, à deux pas de Badaro, à Beyrouth. C’est, ma foi, vrai. Tâchons tout de même de trouver quelques mots plus véloces que d’autres pour évoquer ce voyage et parions sur la qualité des chiens…

2016-11-bey01 Soudain la nuit au festival d’Avignon – photo : Christophe Raynaud de Lage


Un voyage, ça commence souvent dans un aéroport. Les aéroports sont des éloges vivants de la notion de réduction du temps de travail. Sinon, il faudra m’expliquer dans quel but on est amené à tout faire soi-même, jusqu’à l’étiquette du bagage de soute imprimée chez soi. Ah, oui – ou avais-je la tête ? – à payer moins de salaires. Ce qui, du coup, permet de comprendre assez vite le lien entre la durée du travail et la répartition des richesses. Bref, les RTT ne sont pas un appel à l’oisiveté mais un mode de partage des conséquences des progrès de productivité. Passons.

Enfin, pas tout à fait. Pourquoi les sièges d’avion sont ils calculés exclusivement pour accueillir convenablement un enfant de 10 ans ? D’où provient cet étonnant calibrage de l’espace nécessaire à un humain pour rester sans contrainte démesurée plusieurs heures dans un espace d’à peine plus d’un mètre carré ? Que ceux qui payent plus cher puissent s’allonger, bon, admettons. Mais les autres ? Il doit bien aussi y avoir une histoire d’argent là dedans. Ne récriminons pas trop, car contrairement à l’équivalent de la 3e classe ferroviaire rétablie par les bus-Macron en réservant aux riches les TGV et la vitesse de déplacement, dans un avion, les conditions de confort et les conditions tarifaires sont différentes mais, au moins, tout le monde va à la même vitesse…

2016-11-bey02 La place des Martyrs cernée de travaux, résumé de Beyrouth ?


C’est donc promptement, avec 20 minutes d’avance même, que j’atterris a Beyrouth. 9 jours plus tard, un peu du voile brumeux que mon ignorance posait sur la société libanaise s’est levé. Un peu. Ce voile est un peu comme le brouillard pollué qui, quand on arrive à Beyrouth par la route de Damas, transforme la capitale du Liban en une longue ombre chinoise grisâtre de tours, d’immeubles, de clochers et de minarets. On croit deviner une ville, des formes urbaines, mais il faut y entrer pour la voir vraiment. Après 9 jours de rencontres, de déambulations souvent au hasard, vraiment au hasard puisque je m’y suis perdu, après des escapades à Saïda, au Sud, à Byblos, au Nord, à Deir El Kamar et Beit Ed Dîne, à l’Est, le Liban s’avère attachant, curieux, créatif. Un grand souffle de vie semble le traverser, générant un foisonnement étourdissant d’initiatives, de créations artistiques, de débrouillardise. Comme une réponse à l’adversité qui ces dernières décennies n’a pas épargné cette région du monde.

On moque les américains qui connaissent pas la géographie européenne. Je ne suis pas très calé sur le Proche-Orient. Alors j'ai fixé mes idées sur une carte. On moque les américains qui ne connaissent pas la géographie européenne. Je ne suis pas très calé sur le Proche-Orient. Alors j’ai fixé mes idées sur une carte.


En rentrant de l’aéroport, nous traversons la banlieue Sud, essentiellement chiite, où le Hezbollah est dominant. Je suis tout de suite dans l’ambiance sur cette autoroute en pleine ville – deux fois trois ou quatre voies selon les endroits – bordée de publicités parfois gigantesques, de magasins grands ou petits, de portraits de responsables politiques. La taille et la présence – intense – de ces portraits semble inversement proportionnelle à la capacité de régulation de la société libanaise par l’État. Il n’y a que fort peu de services publics, à part l’armée, et aucun système réel de protection sociale. En fait, ce n’est pas l’État qui structure ce pays mais 18 groupes religieux. C’est le cas depuis l’empire Ottoman et cela a été soigneusement confirmé sous le mandat Français à partir de 1920. Au terme de la constitution de 1926 et des accords de Taef de 1989, le président de la République est un chrétien maronite, le premier ministre, un musulman sunnite et le président de la Chambre des députés, un musulman chiite.

2016-11-bey03 Les escaliers colorés de Gemayzeh.


Mais le plus frappant n’est pas cet alambic constitutionnel. C’est une ville dont la régulation repose avant tout sur les individus qui y vivent. Dit comme ça, ça peut sembler sympathique, une sorte de Woodstock permanent sur les rives de la Méditerranée. Une crise des poubelles plus tard, on peut mesurer pleinement que cette absence de régulation détermine un quotidien, disons, plus âpre. Les Beyrouthins (2) ont vécu 8 mois sans que les déchets ménagers soient ramassés. Il reste des échos olfactifs de cet épisode car les déchets n’ont pas été éliminés partout et sont parfois encore stockés en pleine ville. Cette absence de régulation se retrouve dans bien d’autres moments de la vie quotidienne, en voitures qui circulent et stationnent n’importe où, à la caisse d’un magasin où il faut jouer des coudes et mettre ses achats sous le nez du caissier ou de la caissière pour payer… C’est aussi, dit-on, une trace de la guerre, cette volonté de faire vite les choses, de réduire au maximum et comme on peut les temps d’attente qui étaient des temps de vulnérabilité aux armes.

2016-11-bey04 Un siècle d’histoire humaine en 564 pages.


Laissons les armes pour les livres. En partant de Badaro, je me suis rendu au salon francophone du livre de Beyrouth à pieds. Une ville se découvre souvent à pieds. J’aurai pu prendre un « taxi » ou un « service ». Un « taxi », c’est un taxi ! Sauf qu’il faut négocier le prix de la course au départ, synthèse chancelante d’ebay et de Chauffeur privé en quelques sortes. Un « service », c’est un taxi collectif. Vous annoncez la destination et le chauffeur accepte, ou pas, en fonction des destinations respectives des autres voyageurs présents dans le véhicule à ce moment-là.

Le salon francophone du livre de Beyrouth, c’est comme tous les salon du livre, une très grande librairie, avec les Blockbusters de l’édition et tous les autres, les nouveaux, les créatifs, les historiques, les défricheurs, les timides… Je peux être un facteur de crise bancaire quand je vais dans ce genre d’endroit. Il est si difficile de choisir les livres qu’on ne va pas acheter,  ceux que l’on va laisser là, abandonnés sur leur table, seuls. Un déchirement ! J’exagère un peu, mais que de belles trouvailles, parfois pas vraiment en rapport avec l’endroit, privilège – universel ! – de l’art : Ainsi cuisinaient les belles sœurs dans l’œuvre de Michel Tremblay (3), de Anne Fortin (4) trouvé sur le stand de l’Association nationale des éditeurs de livres (5), ou Ô nuit, Ô mes yeux (6), de Lamia Ziadé, paru en français chez P.O.L. en 2015 et en arabe cette année.

« Lire ensemble », une affiche de Ralph Doumit (7) « Lire ensemble », une affiche de Ralph Doumit (7)


Le salon francophone du livre de Beyrouth, c’est aussi des rencontres, des conférences – étonnante, avec le grinçant Jean Van Hamme, auteur de XIII, des Maîtres de l’Orge, entre autres – ou la réunion d’un jury d’étudiantes et d’étudiants de Djibouti, d’Égypte, des Émirats Arabes Unis, d’Irak, d’Iran, de Jordanie, du Liban, des territoires palestiniens, du Soudan, de Syrie et du Yémen qui décideront et remettront le « prix Goncourt – le choix de l’Orient ». Le prix est revenu cette année à Gaël Faye pour Petit pays. « J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d’être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants » dit Gaël Faye

Un restaurant rue Gemayzeh. Obélix, un restaurant rue Gemayzeh.


Transition idoine : comment parler du Liban sans parler des migrations ? La conversation tourna largement autour, l’autre midi, avec des frères de l’abbaye de Taizé de passage au Liban. Elle repris le soir, avec des amis venus dîner. On cite souvent l’exemple du Liban comme pays d’accueil des réfugiés syriens : 2 millions de réfugiés pour une population libanaise de 6 millions d’habitants. C’est vrai et c’est énorme. Encore faut-il tempérer l’exemple. Ils sont embauchés pour la moitié d’un salaire libanais ou ils font l’aumône des journées entières dans Beyrouth, sans une goutte d’eau, puisque l’eau potable ici n’est que minérale. Ne parlons ni de santé, ni de secours. Juste un accueil géographique, en somme. C’est déjà ça mais nous place assez loin d’un jardin d’éden. Nous ne faisons pas forcément beaucoup mieux face à ce défi économique et moral qui nous est posé. Si l’accueil est plus humain, son ampleur ridicule demeure indécente. Pour apaiser ces souffrances humaines extraordinaires, les démocraties ont le devoir d’inventer. Mais les démocraties sont en crise et victimes du terrorisme, deux facteurs qui brident drastiquement l’imagination.

Le port de Saïda. Le port de Saïda.


Comme souvent en parlant de migration, me revenait comme un cauchemar, la sombre épopée d’Aman, un jeune érythréen rencontré au Soudan au début des années 2000 et qui vit maintenant en Angleterre… Sa traversée du désert, de Khartoum a Tripoli, la vie dans les mains de passeurs peu scrupuleux qui, une fois encaissé l’argent qu’ils réclament, disposent de ces vies humaines comme ils l’entendent : une balle dans la tête, un abandon dans le désert ou un arrivage à bon port en Libye. Ces longs mois à Tripoli à travailler pour survivre et économiser de quoi payer la traversée sur des rafiots branlants qui nous émeuvent depuis peu. Ce temps coincé dans un centre de rétention en Italie, papiers d’identités brûlés pour être sûrs de ne pas être renvoyé à la case départ. Puis, longtemps après, le but, le Royaume Uni. La migration d’Aman a duré plus de trois ans. Et ce sont eux, ces « trouillards » que nous entendons chasser ? Ce sont eux, ces « profiteurs »  dont il faudrait débusquer les abus ? Ce sont eux, ces « assistés » dont il faut nous défendre ? Quelle vaste – et très mauvaise – blague. On se prend à rêver à Léon Blum disant en avril 1939 a propos de frilosités françaises face à l’immigration de juifs venus d’Europe centrale : « Il n’y a pas d’exemple, dans l’histoire, qu’on ait acquis la sécurité par la lâcheté » (8).

Le drôle de carnet du Plan Bey. Le drôle de carnet du Plan Bey.


Dans une galerie d’art graphique de Gemayzeh – « Plan Bey » – je trouve un étonnant petit carnet pour amateur de double-vie, penseur en escalier, noteur de pensées en quinconce ou scribe à réflexions alambiquées. Une belle collection d’affiches du festival international de Baalbeck, sur le mur, attire le regard : Joan Baez, Milles Davis, Myriam Makeba, Alvin Halley, Maurice Béjard… Pour l’histoire, on notera que celle de Myriam Makeba, qui annonce un concert pour le 16 juillet 1975, fut vaine. Le concert n’eut jamais lieu, la guerre commença. Le festival international de Baalbek était un gros festival de musique, ici, « avant-guerre », et il continue dans de grandes difficultés mais continue quand même. Cette expression fait référence aux guerres qui blessent le territoire d’un pays. En France, cela nous renvoie aux années 1930, ici, ces deux mots accolés ramènent aux années 1960 et 1970 qui ont précédé la guerre civile.

« Beyrouth est un enchevêtrement d’orient et d’occident » dit le gars d’origine espagnole  qui tient la galerie Plan Bey. Pas faux. « Le quartier arménien est véritable un petit Istanbul, même si cette formulation peut sembler déplacée » poursuit-il. En effet. C’est curieux cette histoire d’enchevêtrement car j’avais déjà pensé ça de Khartoum, qui mêlait le continent africain et la péninsule arabique. Affaire de géographie, dirons-nous, et de ses liens ténus avec l’histoire des Hommes. Et puis ceci : les limites ne sont tranchées que dans les discours ou dans les prêches. Dans la vie, c’est infiniment plus subtil. On ferait bien de se souvenir de temps à autres de la subtilité de la vie, car nous sommes tous l’enchevêtrement d’histoires humaines.

Un havre caché : en fait, les Beyrouthins passent leur temps à planquer les trucs ! Un havre caché : en fait, les Beyrouthins passent leur temps à planquer les trucs !

Derrière le Plan Bey se cachait un havre, un bar en haut d’un escalier, baigné de verdure. Le bruit de Beyrouth, si caractéristique de la ville et de cette ville – des voix qui parlent fort, des Klaxons qui font mine de s’énerver, des moteurs qui accélèrent et des pneus qui freinent ou tournent – n’arrive qu’assourdi. Tout juste entend-on le ronronnement régulier d’un groupe électrogène de quartier, la deuxième facture d’électricité des Beyrouthins. La première est payée à EDL (Électricité du Liban) et la seconde à l’astucieux propriétaire du groupe électrogène en question – dont on dit qu’il n’est pas rare qu’il travaille à EDL… – auquel il faut s’abonner également afin de pouvoir palier aux coupures fréquentes d’EDL. La nuit, d’autres bruits se font jour, comme celui des camions de livraison d’eau. Le circuit de distribution ayant quelques faiblesses, chaque immeuble ou presque a une citerne qu’il faut remplir pour palier aux coupures d’eau. Reste que ni le circuit de distribution, ni les citerne n’aliment qui que ce soit en eau potable. Pour cela, il faut s’en remettre à l’eau minérale, en bouteilles ou en fontaine. Revenons aux camions, alors stationnés sous les fenêtres et aux livreurs, en plein travail, qui parlent et c’est bien normal. Voilà pour le bruit de la nuit.

Perspective depuis Indepandance Street. Perspective depuis Indepandance Street.


Sans ça, je me suis perdu dans cette ville incroyable. On ne retrouve rien de rationalité occidentale, le noms des rues ne correspondent pas toujours à ce qui est inscrit sur les plans, les indications de direction sont, pour l’essentiel faites pour les voitures… Alors je me suis perdu. C’est rigolo de se perdre dans une ville, quand c’est sans autre conséquence que le nombre de kilomètres à pieds que l’on aura à parcourir pour trouver un bon repas et son lit. On se met à voir des trucs à côté desquels on serait passé sans lever le nez, on est attentif à chaque maison, à chaque rue, cherchant à la comparer au peu qu’on connaît. Et on déambule. On monte, on descend, Beyrouth est intraitable : c’est une ville en relief. On le sent vite dans les mollets. Mais quelle balade, nécessairement unique, car je serais bien incapable de la reconstituer précisément !

En sortant du Souk de Saïda. En sortant du Souk de Saïda.


Un peu plus tôt dans la semaine, nous sommes allés à Saïda, à environ ¾ d’heure au Sud de Beyrouth. Une petite ville, un rapport différent à la mer. Beyrouth ignore la mer, la ville d’après la guerre civile ne s’est pas vraiment organisée autour, comme s’autres villes portuaires. Saïda, si. Nous avons déjeuné dans un restaurant de pêcheur, au bord de la mer, justement. Ces restaurants ont d’abord été créés à l’initiative d’une association humanitaire – le Mouvement Social – pour permettre aux pêcheurs de mieux rentabiliser leur travail. L’idée était tellement judicieuse qu’elle continue, sans l’association. Une kyrielle de restaurants du même type se succèdent, avec leurs « parking valet », un autre métier fréquent ici. Nous déjeunons sous un grand auvent, face à la Méditerranée. Le Souk où nous allons ensuite est un plat de spaghetti de voûtes en pierres et de ruelles étroites bordées de boutiques, utilitaires ou touristiques. Le peu de sens de l’orientation dont je suis doté est anéanti en quelques pas ! Et puis il y a le Khân el-Franj. Avec sa cour intérieure rectangulaire, son bassin, ses galeries voûtées et ses chambres d’accueil, il fut le centre de l’activité commerciale de Saïda jusqu’au XIXe siècle. Successivement résidence du Consul de France à Saida, des pères Franciscains, puis orphelinat de jeunes filles sous la direction des Soeurs de Saint-Joseph de l’Apparition, il est aujourd’hui restauré et propose notamment des salles d’expositions. Enfin, le « Château de la mer » un reste de fort construit quasiment les pieds dans l’eau d’où on a une vue imprenable sur la ville

Byblos : on y écrit depuis si longtemps... Byblos : on y écrit depuis si longtemps…


Il aura fallu attendre d’être sur la route de Byblos pour faire le rapport entre le mot « bible » et la notion de livre ! Ça peut paraître carrément stupide mais les livres symbolisent tellement le savoir et la rationalité à mes yeux et la bible relève tellement d’autre chose que mon esprit s’était toujours refusé à faire le lien. Armé de cette impressionnante trouvaille, nous arrivons sur les lieux où l’on a découvert la première trace d’usage d’un alphabet. Cela remonte à 1 000 ans avant notre ère (9). C’est sur le sarcophage que le fils du roi Ahiram avait offert à son père – fameux cadeau ! – qu’un texte est écrit en alphabet phénicien (10). Le sarcophage en question est au musée national de Beyrouth, que je n’ai pas eu le temps de visiter. Une autre fois ? Les découvertes à Byblos ne sont pas seulement alphabétiques. Le château de Byblos, également appelé château de Gibelet, est un bel édifice moyenâgeux construit notamment avec une partie des ruines antiques qui l’environnent. Car ça fait plusieurs milliers d’années – 5 000 avant notre ère, soit 7 000 au total – que l’on vit en ces lieux !

Deir el-Kamar : Fenêtre sur Souk. Deir el-Kamar : Fenêtre sur Souk.


A 60 kilomètres de là, deux autres lieux singuliers : Deïr el-Kamar et le château de Beit ed-Dîne, en pays Druze. Deïr El-Kamar fut la capitale du Liban à l’époque où celui-ci était dominé par l’empire Ottoman. L’émir Fakhr ed-Dîne s’y est fait bâtir un palais au XVIIe siècle contenant une église, une mosquée et un kaloué (11). Le souk historique, datant du XVIe siècle et qui accueille aujourd’hui les locaux de l’Institut français (12), témoigne d’une activité de commerce intense autour du ver à soie (13), production très prospère au Liban entre le XVIIe et le XIXe siècle. La comtesse de Gasparin (14) loue, dans son Journal d’un voyage au Levant, une «ville arabe, plus arabe que Le Caire ».

Beit ed-Dîne, un palais hors norme, séduisant, plein de recoins et de surprises. Beit ed-Dîne, un palais hors norme, séduisant, plein de recoins et de surprises.


Le château château de Beit ed-Dîne est lui aussi, un beau témoin d’une architecture arabe. Construit entre 1804 et 1840 par l’émir Béchir II le Grand. C’est l’un des monuments les plus visités du Liban. On l’appelle, un peu à tort, le « Versailles levantin ». À tort car si c’est incontestablement un lieu de pouvoir, il propose une architecture bien plus subtile, plus surprenante que l’attendu mastodonte des environs de Paris. On y entre par une superbe porte décentrée, on traverse quelques pièces de réceptions et, au détour d’un couloir, s’ouvre un jardin. Une fois traversé, on entre à nouveau dans le bâtiment pour trouver d’autres pièces de réception et des lieux plus intimes, comme cette petite chambre éclairée par les vitraux d’un moucharabieh, puis on débouche sur une Cour-jardin, fermée, qui desservait l’appartement privé de l’émir par ailleurs flanqué d’un hammam. Bref, outre une esthétique raffinée, ce château à le charme des constructions dont on arrive pas à deviner le plan de l’extérieur. Les écuries, enfin, recèlent depuis quelques années un autre fabuleux trésor : de nombreuses grandes mosaïques qui décoraient des églises construite autour du Ve siècle sur les bords de la Méditerranée, mosaïques oubliées de tous et sauvegardées in extremis par le ministère de la culture libanais.

Une librairie au nom improbable sur St Vartan Street. Une librairie au nom improbable sur St Vartan Street.


J’arrive au terme de cette longue lettre. Un séjour chez Agnès et Thierry et leurs filles est toujours un temps particulier dans la vie. C’était la même chose lorsqu’ils vivaient à Khartoum au début des années 2000. On y rencontre une humanité foisonnante, dans une atmosphère de respect réciproque, d’attention ni feinte, ni lénifiante. Le dépaysement n’est pas que la conséquence des kilomètres parcourus…

Une photo de cèdres, forcément, prise dans la forêt de Arz el-Barouk. Une photo de cèdres, forcément, pour finir, prise dans la forêt de Arz el-Barouk.


Il est une heure du matin ce dimanche 20 novembre. Je suis assis sur une banquette posée au milieu d’une allée desservant les duty-free-shop de l’aéroport Rafic-Hariri. L’avion me ramenant en France décolle dans un peu plus d’une heure.

Denis.



 (1) Soudain la nuit, de Olivier Saccomano, mis en scène par Nathalie Garraud, avec Julien Bonnet (Michel), Laurence Claoué (Lucie), Mitsou Doudeau (Julie), Laure Giappiconi (Marie), Cédric Michel (Chahine), Florian Onnein (Ange), Conchita Paz (Nora), Charly Totterwitz (Ben). « Fruit d’un véritable travail de troupe entamé il y a trois ans par la compagnie du Zieu, Soudain la nuit est le troisième et dernier volet d’un cycle intitulé Spectres de l’Europe. Cette pièce met en scène la figure de l’étranger, apparement scindée en deux rôles : celui d’un médecin arabe, le docteur Chahine, qui dirige le service médical d’un aéroport européen, et celui d’un jeune homme, un Arabe dont la mort soudaine et inexpliquée alimente les fantasmes sanitaires et sécuritaires d’un continent sur la défensive. L’aéroport, lieu de passage et de circulation, lieu d’échange et de séparation, devient pour une nuit le théâtre d’une attente, d’une suspension. Les contradictions et les fantômes de chacun, passagers et personnel soignant, sont contagieux. Dans le silence de la nuit, les couteaux s’aiguisent, la parole se répand comme une traînée de poudre. » Présentation du spectacle sur le site du Festival d’Avignon.

(2) Le mot est rentré cette année, cette année seulement, dans le dictionnaire français.

(3) « Dès ses débuts, Michel Tremblay installe ses « belles-soeurs » dans la cuisine et rend hommage aux figures nourricières du Québec. Avec La diaspora des Desrosiers (1913-1935) et les Chroniques du Plateau-Mont-Royal (1942-1963), ses deux principaux cycles romanesques, il nous entraîne dans une véritable traversée de notre patrimoine culinaire : un demi-siècle d’histoire familiale émaillé d’arômes et de souvenirs gourmands. À partir de cet extraordinaire corpus, Anne Fortin détaille le contenu de l’assiette de nos aïeux, des repas de fêtes aux privations de la guerre, en passant par les recettes traditionnelles et les inoubliables marques de commerce. En puisant dans les manuels, les magazines et autres photos d’archives, elle offre un savoureux contrepoint aux mots de l’écrivain. » Présentation du livre sur le site des éditions Flammarion-canada.

(4) Propriétaire de La Librairie gourmande, au marché Jean-Talon à Montréal.

(5) L’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) regroupe les éditeurs du Québec et du Canada Français.

(6) « Ô nuit, ô mes yeux – édité chez P.O.L., est enfin devenu Ya leyl ya 3ein. Et son auteure Lamia Ziadé est aux anges. L’ouvrage best-seller, qui en est à sa énième impression, vient en effet d’être traduit en arabe. Une aubaine pour le lectorat des pays arabes où se déroulent les péripéties des étoiles du monde arabe, dans une fresque de 576 pages d’histoires croustillantes et d’illustrations résolument rétro (400 en tout). Dans ce livre, il y a les cabarets, les studios, villas, casinos du Caire, les maris, les amants, l’alcool, les somnifères, l’argent, les suicides, les brownings, les scandales, les palaces. Il y a le chant, la musique, la voix, les ovations, les triomphes, la gloire. Il y a l’audace, le génie, l’aventure. Il y a surtout des histoires qu’on ne se lasse pas de relire. » Article du quotidien L’Orient – Le Jour du 11 novembre 2016.

(7) Pour découvrir les travaux (illustrations jeunesse, bandes dessinées notamment)  de ce talentueux dessinateur, c’est ici : www.ralphdoumit.com

(8) On se reportera, à ce sujet, à l’émission de Jean-Noel Jeanneney, Concordance des temps, du 12 novembre 2016 sur France Culture : « 1919 – 1939 : réfugiés et apatrides » avec Dzovinar Kevonian, maîtresse de conférence à l’Université de Paris-Ouest – Nanterre – La Défense qui est une spécialiste des mouvements migratoires de l’entre deux-guerres.

(9) Il existe, semble-t-il un débat sur la datation précise du sarcophage, faisant varier la date de quelques siècles.

(10) Le texte suivant est gravé dans la pierre : « Sarcophage qu’a réalisé Ithoba’al, fils d’Ahiram, roi de Byblos, pour Ahiram, son père, comme demeure dans l’éternité. Et si un roi parmi les rois, un gouverneur parmi les gouverneurs et un chef d’une armée dressé le camp contre Byblos et ouvre ce sarcophage, que le sceptre de son pouvoir soit brisé, que le trône de sa royauté se renverse et que la paix et la tranquillité s’échappent de Byblos. Quant à lui, sa mémoire  sera effacée de la bouche de l’Au-delà. » (D’après Reinhard G. Lehmann).

(11) Temple Druze.

(12) www.institutfrancais.com/fr

(13) Le ver à soie, qui, comme chacun sait, n’est pas un godet jalousement gardé mais le producteur du précieux tissu.

(14) Intellectuelle suisse du XIXe siècle, qui voyagea en Europe et Moyen-Orient et qui créera, en Suisse,  l’Asile des bains d’Yverdon, destiné aux personnes d’origines modestes atteintes d’affections rhumatismales puis la première école laïque de gardes-malades au monde, l’Institut et haute École de la Clinique La Source.

One comment

  1. MAUGENDRE

    Quel joli carnet de voyage …. Ainsi j’ ai pu suivre en détail ton périple au Liban.
    Et je me coucherai moins bête ! Car ce pays était vraiment une terre inconnue pour moi. Merci Denis.

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