Laïcité : sur le rôle d’un intellectuel dans le débat public

Dans un billet de son blog publié sur la plateforme « Mediapart », J. Baubérot perd ses nerfs à mon endroit. Excès d’honneur et d’indignité, à n’en pas douter, que ce « fracas insensé d’accusations », pour reprendre une expression de Stefan Zweig tirée de Conscience contre violence. Au (très) long d’une diatribe qui tourne parfois à l’injure, il m’accuse d’être ignorant des religions, ignorant de la laïcité, ignorant de l’histoire. Puisqu’il semble que je sois au coeur des préoccupations de J. Baubérot, il aurait pu faire beaucoup plus court et nous proposer un billet sur les savoirs qu’il m’octroie : aucun !

Il fait mine de ne pas comprendre le propos ramassé qui est le mien dans la tribune que j’ai publié sur Slate.fr vendredi dernier au sujet des inquiétantes déclarations du président de la République renonçant à la prééminence du politique sur les religions en vue de décisions publiques. A l’aide d’une série d’exemples, je rappelle comment, à travers l’histoire récente, les Églises – envisagées globalement et sans distinguer les protestants, c’est une partie de mon crime – ont fait pression pour tenter d’empêcher les progrès républicains. C’est vrai – et ça reste vrai, malgré l’énervement de J. Baubérot – pour l’école publique, pour la laïcité, pour l’émancipation des femmes, pour la maîtrise des naissances, pour la lutte contre le sida, pour l’émancipation des homosexuel.le.s. Mais, à chaque fois, des responsables politiques ont considéré, avec raison, qu’ils étaient dans leur rôle en tranchant le débat sans se soumettre aux préventions librement exprimées des autorités religieuses. La nouveauté de ce président-là est qu’il a annoncé un tranchant sérieusement émoussé et même plus vraiment tranchant. Et je ne vois toujours pas en vertu de quoi l’ouverture à toutes les femmes de l’accès à la PMA remboursée devrait être soumise à l’assentiment des religions.

Si la longue philippique de J. Bauberot fourmille de détails rappelant ce dont personne ne doutait, pas même moi, elle ne fait guère avancer le débat. Bien sûr que les religions, les Églises, ne constituent pas un groupe d’identiques. J’entretiens des relations fraternelles avec trop de croyants pour ne pas en avoir pleinement conscience. Il n’en reste pas moins que ces vingt cinq dernières années, j’ai passé mon temps à trouver les hiérarchies religieuses, souvent au premier rang, en travers du chemin du progrès. Et à trouver nombre de croyants choqués, tristes, offusqués, révoltés des prises de positions de leurs Églises, et engagés concrètement pour l’émancipation. Ils ne reniaient pas leurs fois, ils critiquaient leurs Églises se mêlant, souvent grossièrement, de politique.

Cette violente attaque ad hominem me préoccupe. Pas pour moi. Je goûte assez peu le débat hystérisé mais j’ai compris qu’il fallait faire avec, singulièrement quand il est question de laïcité. Si cela me préoccupe c’est parce qu’au long de ce texte suintant de condescendance, ce qui saute aux yeux, c’est le surplomb, le mépris, la certitude que la pensée de l’autre ne vaut rien, sonnant comme une injonction au silence pour préserver son pré carré : la laïcité conçue comme modalité d’accommodement entre ceux qui se partagent les parts de marché de la spiritualité. Du coup, moi qui suis un militant, je me demande si un intellectuel n’a pas autre chose à apporter au débat public que cela. A vrai dire, la réponse tient en une pratique concrète, la nôtre, à HES – Socialistes LGBT+, où nous nous attachons à faire vivre, autant qu’il est possible, un dialogue fécond entre intellectuels et activistes.

Retrouvez ma tribune ici et le billet de J. Baubérot, .

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